"The Terror of Tiny Town" de Sam Newfield

Publié le 15 Décembre 2012

D'un côté, Sam Newfield est l'homme d'un seul film, le mythique Terror of Tiny Town. De l'autre, il est connu pour être le cinéaste le plus prolifique du cinéma parlant américain. Derrière ces deux clichés, se trouve un réalisateur moins cynique et malhabile qu'il n'y paraît. Aller voir de plus près The Terror of Tiny Town, c'est aussi aller à la rencontre d'un Hollywood peu connu, celui des race movies, des westerns musicaux ou encore des studios PRC.

Un sosie de Walt Disney annonce le film ; le générique d'un film qui était vendu comme le premier western chantant entièrement interprété par des nains... ; Le cuisinier chasse l'oie.Un sosie de Walt Disney annonce le film ; le générique d'un film qui était vendu comme le premier western chantant entièrement interprété par des nains... ; Le cuisinier chasse l'oie.Un sosie de Walt Disney annonce le film ; le générique d'un film qui était vendu comme le premier western chantant entièrement interprété par des nains... ; Le cuisinier chasse l'oie.

Un sosie de Walt Disney annonce le film ; le générique d'un film qui était vendu comme le premier western chantant entièrement interprété par des nains... ; Le cuisinier chasse l'oie.

Bêtes à cornes et diligence

Le rideau s'ouvre et un présentateur nous annonce que le film qui va venir a tout d'un vrai western mais qu'il sera entièrement joué par des nains. Deux d'entre eux arrivent sur scène et sont sur le point d'en venir aux mains. Pour éviter la bagarre, le présentateur lance le film.

Buck Lawson, notre héros, habite la paisible petite ville de Tiny Town. Il travaille pour son père, Pop, qui possède un ranch.

Le perfide Bat Haynes complote avec son gang. Il fréquente une artiste de cabaret à qui il promet monts et merveilles tout en lui empruntant de l'argent. Il fait chanter le shérif pour commettre toutes sortes de crimes impunément et surtout, il entretient la discorde entre Pop Lawson et son voisin, Tex Preston, volant et faisant accuser l'un et l'autre à tour de rôle.

Un jour, Bat et les siens attaquent une diligence. Voyant venir Buck alerté par les coups de feu, ils renoncent temporairement à leur vol. Les deux conducteurs tués par le gang de Bat, les chevaux s'emballent mais Buck parvient à faire arrêter le véhicule, sauvant ainsi Nancy, la belle nièce de Tex Preston. Les deux jeunes gens semblent se plaire.

Les gros durs de Tiny Town ; Une classique scène de diligence ; Buck les tombes toutes grâce à sa guitare.Les gros durs de Tiny Town ; Une classique scène de diligence ; Buck les tombes toutes grâce à sa guitare.Les gros durs de Tiny Town ; Une classique scène de diligence ; Buck les tombes toutes grâce à sa guitare.

Les gros durs de Tiny Town ; Une classique scène de diligence ; Buck les tombes toutes grâce à sa guitare.

Balle dans le dos, bagarre et baiser final

Quelques jours plus tard, ils se sont donné rendez-vous et regrettent la brouille entre les deux familles. Surgit alors le père de Buck qui le rappelle à ses devoirs et lui interdit de voir un ou une Lawson. Buck lui tient tête et raccompagne la jeune fille chez elle. Ils croisent alors Tex, qui ne se montre pas plus aimable que son voisin. Mais Buck parvient à le convaincre qu'ils sont sans doute tous deux victimes d'un troisième larron. Tout le monde doit se retrouver en ville pour faire la paix. A ce moment, le fourbe Bat qui a espionné tout le monde tue Tex d'une balle dans le dos et se précipite pour accuser Buck.

Notre héros échappe de justesse aux hommes de Tex et se fait arrêter par le shérif. Bat courtise la désormais riche Nancy, au grand dam de la chanteuse du saloon. Voyant que les choses traînent, Bat parvient à coup de tournées générales à convaincre les habitants de la ville de lyncher Buck. Le shérif, en quête de rédemption s'y oppose et est abattu par Bat qui s'enfuit. En mourant, le shérif révèle l'emplacement du repère secret du méchant. L'amante délaissée de Bat devance tout le monde et allume un bâton de dynamite qu'elle cache dans le repère. Peu après, Bat et Buck y arrivent. Au terme d'une bagarre épique, Buck laisse son adversaire au tapis et rejoint Nancy qui l'a appelé de l'extérieur du repère. Il était temps puisque quelques secondes plus tard l'explosion de la dynamite réduit Bat et son repère en fumée.

Les deux amoureux peuvent enfin s'embrasser.

La paix des braves ; Un des nmbreux bourre-pifs que recevra Bat ; Le baiser final.La paix des braves ; Un des nmbreux bourre-pifs que recevra Bat ; Le baiser final.La paix des braves ; Un des nmbreux bourre-pifs que recevra Bat ; Le baiser final.

La paix des braves ; Un des nmbreux bourre-pifs que recevra Bat ; Le baiser final.

Des nains donnés en spectacle

On retrouve dans ce film tous les éléments du western, parfois à la limite du cliché. C'est une série B comme les autres : un film à petit budget, tourné rapidement, d'assez faible durée. Il n'est pas fait pour être vu seul, mais pour être un complément de programme d'un autre film plus prestigieux, l'équivalent d'une première partie lors d'un concert. Ce qui rend ce film unique est le fait que, comme l'a annoncé le présentateur, le film est entièrement joué par des nains. On se poursuit sur des ponneys shetlands, le méchant passe sous les portes battantes du saloon et on voit deux musiciens pour une seule contrebasse qui a tout de même l'air trop grande pour eux. Dans un décor à taille normale, une poignée de nains joue un western comme si de rien n'était. L'idée semble au mieux aberrante, au pire cynique.

Il faut bien reconnaître que certains passages du film laissent le spectateur mal à l'aise. Outre les gags que l'on vient de citer, on en trouve beaucoup d'autres qui jouent sur la petite taille des acteurs. D'une part, certains ne sont pas franchement hilarants (le cuisinier entre entièrement dans le placard et en ressort une poêle à la main...). D'autre part, le film donne l'impression de traiter ses acteurs comme des bêtes de foire et faire du nanisme un sujet de moquerie. Mis en parallèle avec le célèbre Freaks de Tod Browning, réalisé six ans plus tôt, le western de Newfield a l'air scandaleux. Browning a su trouver un ton juste pour raconter la vie d'une troupe de " monstres de foire " en évitant à la fois la condescendance, la pitié et le voyeurisme. Certes Newfield n'a pas la finesse de Browning mais il y a sans doute plus de maladresse que de cynisme dans son attitude. Car le vrai modèle du film n'est pas à chercher du côté Browning mais de Walt Disney.

La bagarre du générique ; Le réalisateur a-t-il considéré que les nains étaient à John Wayne ce que les veaux sont à la vache ? ; Une entrée dans le saloon à Tiny Town.La bagarre du générique ; Le réalisateur a-t-il considéré que les nains étaient à John Wayne ce que les veaux sont à la vache ? ; Une entrée dans le saloon à Tiny Town.La bagarre du générique ; Le réalisateur a-t-il considéré que les nains étaient à John Wayne ce que les veaux sont à la vache ? ; Une entrée dans le saloon à Tiny Town.

La bagarre du générique ; Le réalisateur a-t-il considéré que les nains étaient à John Wayne ce que les veaux sont à la vache ? ; Une entrée dans le saloon à Tiny Town.

De Harlem à Blanche-Neige

En 1935, Walt Disney confronté aux limites du court-métrage d'animation décide de passer au long. Il risque toute sa fortune personnelle dans l'entreprise et prépare son projet pendant trois ans : des centaines illustrateurs sont recrutés dans le monde entier et formés au méthodes d'animation, on fait venir des centaines de livres d'Europe pour trouver des sources d'inspiration, on expérimente des techniques pour pouvoir multiplier les arrières-plans... Le 4 février 38, le quatrième long-métrage d'animation de l'histoire du cinéma sort et connaît un triomphe unique. Il s'agit de Blanche-Neige et les sept nains. C'est sans doute pour tirer profit de l'énorme engouement que suscite le film de Disney que le producteur Jed Buell a l'idée de faire à son tour un film de nains.

Il faut dire qu'il n'est pas à une idée audacieuse près. L'année précédente, il avait déjà donné dans un autre genre de film à casting avec Harlem on the prairie. Il s'agissait là aussi d'un western réalisé par Sam Newfield mais cette fois avec un casting entièrement composé d'afro-américains. La ségrégation sera en vigueur aux Etats-Unis jusqu'en 1964. Blancs et noirs vont des cinémas différents et ne voient pas nécessairement les mêmes films. Dès 1916, la Lincoln Motion Picture Company réalise des films faits par des gens de couleur. Le but d'Harlem on the prairie était sans doute de s'imposer sur ce marché. Si c'est sans doute l'appât du gain qui a motivé les deux films, le résultat final sera différent. Le passage du western joué par des blancs à celui joué par des noirs ne pose pas de problème. En revanche, l'adaptation d'un dessin animé à un film en prises de vues réelles est bien plus complexe.

Buck le héros à la fois dur et doux ; Les pirates d'Astérix sont une des autres sources du film.Buck le héros à la fois dur et doux ; Les pirates d'Astérix sont une des autres sources du film.Buck le héros à la fois dur et doux ; Les pirates d'Astérix sont une des autres sources du film.

Buck le héros à la fois dur et doux ; Les pirates d'Astérix sont une des autres sources du film.

Western + nains = film d'animation ?

Le film Disney est le résultat du formidable travail fourni pas de plusieurs centaines de personnes durant des années. Le moindre détail du physique, de la gestuelle ou du nom des personnages a été pensé. Le budget du film sera de plus d'un million de dollars. The Terror of tiny Town aura coûté quinze fois moins cher et il sera tourné par Newfield en quelques jours. Mais surtout, il révèle une incroyable incompréhension de ce qu'est le cinéma d'animation. Comment a-t-on pu penser qu'employer des nains à la place d'acteurs de taille normale en ferait un dessin animé ?

Le choix du scénario est catastrophique. Il s'agit d'un western typique comme Newfield en tournera des dizaines. La même année, il avait réalisé déjà réalisé Feud Maker dont l'histoire ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de Tiny Town : des familles fâchées à cause d'histoire de ranchs, des amoureux qui réconcilient les deux clans, un meurtre, un baiser final etc. On peut se demander si ce n'est pas la similitude entre les deux qui fera que ce film sera choisi pour être joué par des nains. Il est stupéfiant que la violence du scénario n'ait pas gêné le producteur. Même sans avoir le recul que nous avons sur l'univers de Disney, il était sans doute prévisible qu'on ne verrait jamais la vilaine reine périr dans une explosion de dynamite...

La magie de Disney : Cendrillon prend une revanche sur ses soeurs ; Le lynchage, version western de la reine d'Alice au pays des merveilles ; Loulou découvre les cadavres de Riri et Fifi.La magie de Disney : Cendrillon prend une revanche sur ses soeurs ; Le lynchage, version western de la reine d'Alice au pays des merveilles ; Loulou découvre les cadavres de Riri et Fifi.La magie de Disney : Cendrillon prend une revanche sur ses soeurs ; Le lynchage, version western de la reine d'Alice au pays des merveilles ; Loulou découvre les cadavres de Riri et Fifi.

La magie de Disney : Cendrillon prend une revanche sur ses soeurs ; Le lynchage, version western de la reine d'Alice au pays des merveilles ; Loulou découvre les cadavres de Riri et Fifi.

Des gags de dessin-animé

L'écart entre les deux univers est si vaste qu'il est difficile de voir que Disney est le modèle du film. Il y pourtant quelques indices. Le dossier de presse du film y faisait référence. Les cartons du générique sont accompagnés de dessins humoristiques mettant en scène des nains maladroits dans des situations typiques de western. Le dessin a clairement à voir avec Disney et montre ce qu'aurait pu être une version réfléchie des sept nains au far-west. Sans doute est-ce aussi ce rapport au dessin animé qui explique les mystérieux traits noirs tracés sur la chemise du héros pour en souligner les boutons et les coutures. La musique qui accompagne certains scènes est parfois, comme dans les dessins animés à la limite du bruitage.

Dans cette perspective, certains des gags du film sont à voir non pas comme des moqueries sur la taille des acteurs mais des transpositions maladroites des plaisanteries sur les défauts attachants des personnages. C'est la même logique qui fait que Simplet se prend les pieds dans sa veste trop grande chez Disney ou que l'apprenti du forgeron ne parvient pas à soulever seul la patte du cheval à ferrer chez Newfield. L'utilisation de l'accéléré pour certains plans vient probablement aussi de cet univers. Newfield l'emploie parfois dans ses autres films pour corriger le rythme d'un plan mais de manière très discrète. Elle est ici exhibée dans un esprit proche du cartoon.

Si le résultat est souvent raté et l'idée du casting maladroite, elle est tout de même moins cynique qu'il n'y paraît. D'ailleurs, la plupart des gags ne portent pas sur la taille des acteurs mais sur le caractère de leurs personnages.

Image prémonitoire du destin du film ; La fameuse chemise dessinée de Buck ; Un gag à la Walt DisneyImage prémonitoire du destin du film ; La fameuse chemise dessinée de Buck ; Un gag à la Walt DisneyImage prémonitoire du destin du film ; La fameuse chemise dessinée de Buck ; Un gag à la Walt Disney

Image prémonitoire du destin du film ; La fameuse chemise dessinée de Buck ; Un gag à la Walt Disney

Hé hi, hé ho, I'm a poor lonesome cow-boy...

C'est dans les chansons que les deux univers cohabitent le moins mal même si les règles ne sont pas les mêmes. Avec l'arrivée du parlant au cinéma depuis Le Chanteur de Jazz en 1927, les films doivent tous avoir leur chanson. Le western n'échappe pas à la règle. On trouve alors très fréquemment des cow-boys chantants dont Lucky Luck est un des héritiers. Le jeune John Wayne n'y coupera pas. On le voit à l'œuvre dès la séquence d'ouverture de Riders of destiny sorti en 33. On chante à cheval pour tromper son ennui ou autour du feu. Un arrêt dans un saloon peut être l'occasion d'un numéro. Certaines scènes musicales du film se situent dans cette tradition : la chanteuse du saloon interprète un air et le cow-boy attendant son aimée s'accompagne à la guitare. Ces scènes paraissent maladroites au spectateur d'aujourd'hui pour qui le western est associé à un monde de durs où on ne parle pas et on n'exprime pas ses sentiments mais elles étaient la norme de l'époque.

D'autres passages musicaux semblent obéir davantage aux règles du dessin animé. Lors de la séquence d'ouverture, toute la ville réunie à l'extérieur entonne une chanson en chœur. La présence d'un forgeron qui travaille en chantant renvoie sans doute au film de Walt Disney. De même, lorsque Tex se rend chez le barbier, il trouve la chorale de la ville en pleine chanson. On alterne voix très graves et très aigus. Dans un gag typique des dessins animés, un acteur au visage juvénile y fait la voix la plus grave.

La Madonna de Tiny Town ; Le Barry White de Tiny Town ; Il Divo en tournée.La Madonna de Tiny Town ; Le Barry White de Tiny Town ; Il Divo en tournée.La Madonna de Tiny Town ; Le Barry White de Tiny Town ; Il Divo en tournée.

La Madonna de Tiny Town ; Le Barry White de Tiny Town ; Il Divo en tournée.

Le film raté d'un réalisateur mineur

Très clairement, si The Terror of Tiny Town vaut d'être vu, c'est davantage par l'incroyable projet dont il est l'aboutissement que pour ses qualités cinématographiques. On y trouve bon nombre de personnages et de situations stéréotypés. L'histoire d'amour entre le héros et son aimée semble tellement évidente que l'on ne s'embête pas à montrer le coup de foudre. Mis en présence l'un de l'autre, les deux personnages savent ce qu'ils ont à faire. Lors de la présentation, le héros se présente en tant que tel et le méchant en fait autant.

On retrouve aussi de nombreux problèmes de construction de l'espace qui font qu'il est difficile de situer différents personnages les uns par rapport aux autres. Parfois le réalisateur montre dans un plan un personnage qui regarde. Dans le plan suivant un autre personnage s'avance de la caméra et vient très près. On est persuadé que les deux vont se rencontrer. Pas du tout ! L'autre personnage avance sur une autre route qu'on ne peut pas situer et ne rejoindra le guetteur que huit plans plus tard. De même, le méchant, caché on ne sait où derrière une branche parvient à espionner le rendez-vous galant du héros et puis sa discussion avec l'oncle de l'aimé sans qu'on ne sache jamais où il se situait.

Sam Newfield est tout sauf un génie méconnu de l'histoire du cinéma. Il n'a absolument l'envergure de John Ford. Cependant, il vaut sans doute mieux que ce qu'on écrit souvent sur lui et surtout que ce que The Terror of Tiny Town laisse penser.

Buck attend Nancy ; On pense que Nancy vient vers nous mais en fait elle est derrière nous ; Bat se cache au fond de son jardin d'où il entend toutes les conversations de Tiny Town.Buck attend Nancy ; On pense que Nancy vient vers nous mais en fait elle est derrière nous ; Bat se cache au fond de son jardin d'où il entend toutes les conversations de Tiny Town.Buck attend Nancy ; On pense que Nancy vient vers nous mais en fait elle est derrière nous ; Bat se cache au fond de son jardin d'où il entend toutes les conversations de Tiny Town.

Buck attend Nancy ; On pense que Nancy vient vers nous mais en fait elle est derrière nous ; Bat se cache au fond de son jardin d'où il entend toutes les conversations de Tiny Town.

Sam Newfield et Sigmund Neufeld

Sam Newfield est un fils d'immigrés hongrois. Le père étant mort jeune, c'est son grand frère Sigmund qui va travailler pour aider la famille. Il va jouer un grand rôle dans la ville de Sam. Le début de la carrière de Sigmund ressemble à celles de beaucoup de personnes du Hollywood de cette époque : il entre par hasard dans le milieu en faisant une livraison aux bureaux d'un studio. Il commencera comme garçon de course avant de gravir les échelons. Travaillant comme monteur, il aura l'idée de " fabriquer " un long métrage en mélangeant les histoires de deux courts et en utilisant les images d'un troisième film pour faire la transition. Lassé de travailler pour les autres, il tente de créer ses propres studios. C'est ici que sa carrière et celle de son benjamin vont converger.

Sam a lui aussi fait son chemin dans les traces de son frère. Il a changé son nom de famille de Neufeld en Newfield. Il a la réputation d'être un réalisateur qui fait un travail correct en peu de temps tout en respectant le budget. Il va tourner probablement tout ce qu'on va lui proposer : des films policiers, d'aventures, de monstres...

Le bourgeois de la ville ; "Babyface", un des sbires de Bat ; Un plan éclairé de manière audacieuse.Le bourgeois de la ville ; "Babyface", un des sbires de Bat ; Un plan éclairé de manière audacieuse.Le bourgeois de la ville ; "Babyface", un des sbires de Bat ; Un plan éclairé de manière audacieuse.

Le bourgeois de la ville ; "Babyface", un des sbires de Bat ; Un plan éclairé de manière audacieuse.

Une moyenne de 14 films par an

Il y a des réalisateurs qui tournent deux films par décennie comme Kubrick ou Wong Kar Waï. Il y a ceux qui en sortent un par an avec une régularité d'horloge comme Woody Allen ou Bergman. Il y a ceux qui parviennent à en faire deux par an, comme Soderbergh, ou cinq par an, comme Fasbinder lorsqu'il adaptait les pièces de théâtre déjà jouées par sa troupe. Et puis, il y a Sam Newfield qui entre 1936 et 1946 tournera 160 films, soit une moyenne de plus de 14 par an ! Si on n'est pas certain du nombre exact de ses films, on estime qu'il a réalisé plus de 250 longs métrages parlants dont beaucoup sont aujourd'hui perdus. The Terror of Tiny Town n'est qu'un film parmi les quinze qu'il tournera en 1938 et il fait souvent ombrage au reste de son œuvre.

Peu après le tournage de Tiny Town, Sam rejoint son frère dans ce qui deviendra les studios PRC, Producers Releasing Corporation. En 1939, les deux frères travaillent sur leur premier film avec un budget assez important de 100.000 $. Il s'agit d'un film assez ambitieux avec Alan Ladd intitulé Beasts of Berlin. C'est le premier film hollywoodien à oser critiquer Hitler. Dans les Etats-Unis d'avant Pearl Harbor, on veut rester neutre pour ne pas perdre des marchés et ne pas risquer le boycot. Sur place, Hitler a installé la Amerikadeutscher Bund, sorte de fédération des Allemands vivant aux Etats-Unis qui veille à ce qu'on donne une image positive du IIIème reich. Cette organisation ira rendre visite aux studios PRC et détruira tous les décors du film. Les deux frères feront refaire les décors et termineront le film... qui se heurtera à la censure américaine pour cause d' "anti-germanisme ". Le célèbrissime et tout-puissant Chaplin connaîtra des problèmes semblables pour son film Le Dictateur l'année suivante.

Les Backstreet Boys sont de retour ; Le barman passe une bonne soirée ; Le shérif doit gérer de forts caractères.Les Backstreet Boys sont de retour ; Le barman passe une bonne soirée ; Le shérif doit gérer de forts caractères.Les Backstreet Boys sont de retour ; Le barman passe une bonne soirée ; Le shérif doit gérer de forts caractères.

Les Backstreet Boys sont de retour ; Le barman passe une bonne soirée ; Le shérif doit gérer de forts caractères.

Samuel Newfield, Sherman Scott et Peter Stewart

Durant leur brève existence, les studios PRC auront accueilli un certain nombre de techniciens européens chassés par le nazisme ou la guerre et fait réaliser quelques films de prestige, selon les critères du studio, à Edgar G. Ulmer, aujourd'hui considéré comme un des réalisateurs majeurs de la série B. Malgré le manque d'argent, l'ambiance des studios semble avoir été familiale. Ce sont presque toujours les mêmes acteurs et techniciens qui reviennent d'un film à l'autre. On tourne selon des horaires de bureau et on se retrouve souvent lors de fêtes.

C'est Newfield qui assure le gros de la production avec des budgets très serrés et des temps de tournages qui ne dépassent pas une semaine. Son rendement est tel qu'on lui demande de signer certains de ses films sous pseudonyme. Un studio qui n'emploie presque qu'un seul réalisateur ou un réalisateur qui tourne quatorze films en douze mois ne donne pas une image flatteuse des studios PRC. C'est ainsi qu'officiellement, Sherman Scott et Peter Stewart rejoignent la famille PRC. Leur style n'est pas sans rappeler celui de Newfield... Le studio survivra jusqu'à l'après-guerre mais l'essor de la télévision et la disparition des double features, les doubles programmes dans lesquels les séries B étaient diffusées, auront raison de lui en 47.

La suite de la carrière Newfield sera moins flamboyante. Il continuera à tourner ce qu'on lui propose travaillant beaucoup pour la télévision mais avec le sentiment d'être dépassé. Joueur obsessionnel, il perdra tout ce qu'il a et divorcera. S'il ne finira pas dans la misère, ce sera grâce à la générosité de son frère Sigmund. Il meurt d'un cancer en 1964 à l'âge de 64 ans.

Buck dans son salon pas tout à fait à l'échelle ; Le barbier de Tiny town ; La vamp de Tiny TownBuck dans son salon pas tout à fait à l'échelle ; Le barbier de Tiny town ; La vamp de Tiny TownBuck dans son salon pas tout à fait à l'échelle ; Le barbier de Tiny town ; La vamp de Tiny Town

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Un difficile bilan critique

Une grande partie de l'œuvre de Newfield est passée dans le domaine public et se trouve sur internet. Cependant, vu la quantité de films réalisés, il faut beaucoup de temps et de patience pour pouvoir prétendre à une vision d'ensemble. Il m'est difficile de me prononcer n'ayant vu que cinq des ses films, soit l'équivalent de quatre mois de son travail lorsqu'il était à son sommet... Tous portent plus ou moins la trace du manque de moyens. Certains pèchent par trop de défauts, sont mal cadrés, mal éclairés ou dotés d'un scénario boiteux. Cependant, il y a dans son œuvre des réussites et on aurait tort de le juger à l'aune de The Terror of Tiny Town. Par exemple, Arizona gunfighter est une série B réussie, bien mise en scène sur un scénario assez touchant sur la paternité. Dans la masse de ses films, il se trouve certainement d'autres réussites qui attendent d'être redécouvertes.

Un fait qui ressort est son goût pour le western. Pour autant que je puisse en juger, il semblait privilégier les histoires relativement intimes mettant en scène des querelles entre particuliers plutôt qu'entre peuples. Il ne s'agit pas de grandes fresques relatant l'histoire de l'Amérique comme en feront John Ford ou Howard Hawks. On ne trouve chez lui ni pionniers, ni indiens. L'univers de ses westerns est souvent sombre. Il n'est pas rare que le héros ait un passé violent qu'il essaie de faire oublier en vivant en ville avec les hommes comme c'est le cas du shérif de The Terror of Tiny town. Enfin, il y a toujours des morts violentes. Autant d'éléments qui ne se marient pas très bien avec l'univers de Disney.

Le monge magique de Walt Disney : Grincheux n'a pas aimé que Blanche Neige mette trop de sel dans la soupe ; Simplet en a assez que ce soit toujours Prof qui commande ; Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.Le monge magique de Walt Disney : Grincheux n'a pas aimé que Blanche Neige mette trop de sel dans la soupe ; Simplet en a assez que ce soit toujours Prof qui commande ; Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.Le monge magique de Walt Disney : Grincheux n'a pas aimé que Blanche Neige mette trop de sel dans la soupe ; Simplet en a assez que ce soit toujours Prof qui commande ; Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.

Le monge magique de Walt Disney : Grincheux n'a pas aimé que Blanche Neige mette trop de sel dans la soupe ; Simplet en a assez que ce soit toujours Prof qui commande ; Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.

Le saloon du coin

Son univers finit toutefois par être attachant. Les mêmes acteurs reviennent sans cesse jouer les mêmes rôles dans les mêmes décors au point qu'on finit par se sentir un lointain cousin de la famille PRC. D'un film à l'autre, on reconnaît des chemins, des arbres, des collines. On retrouve le même saloon dans Six gun trail, Feud maker ou Terror of Tiny Town. Simplement, il n'est pas aux bonnes proportions pour les acteurs nains. Le gag sur la porte du saloon est sans doute à moitié dû à un manque de budget.

Un des sommets de la maladresse chez Newfield est atteint dans les poursuites à cheval. On y trouvera toujours un son trop clair de sabots de cheval et le découpage ne varie presque jamais : dans un premier plan, on voit le poursuivi entrer dans le cadre, la caméra le suit un instant en panoramique, le poursuivi sort de l'écran. Cut. A ce moment là, on retrouve exactement le même plan avec le même mouvement sur les poursuivants. Les plans suivants continuent ainsi jusqu'au dénouement sans qu'on ne voit jamais la proie et les chasseurs en même temps. Mais surtout, quand on retrouve le poursuivi, on ne sait absolument pas où il se situe par rapport au plan d'avant... Cet espèce de flottement fait que dans certains films, par manque de plans ou pour faire durer le film, le même plan de poursuite peut être montré plusieurs fois, comme si tout le monde avait tourné en rond. Il est plaisant d'imaginer cette petite équipe de studio tourner pour la trentième fois un plan de poursuite dans le même chemin avec pour seul changements des costumes différents et des acteurs un peu plus âgés que l'an passé.

Une poursuite dynamique en deux plans ; Bat en train de faire du rififi.Une poursuite dynamique en deux plans ; Bat en train de faire du rififi.Une poursuite dynamique en deux plans ; Bat en train de faire du rififi.

Une poursuite dynamique en deux plans ; Bat en train de faire du rififi.

Moderne malgré lui

Devant certains films, on a l'impression que Newfield peine à fournir de quoi faire durer le film une heure par manque de temps de tournage, de matière à filmer ou à cause de problèmes techniques. Il va alors remplir de manière plus ou moins maladroite. Dans des scènes de bar, on verra le barman poser les verres un par un et les remplir, avant que le client sorte son porte-feuille de la poche pour y prendre un billet avant de le ranger. Quelques secondes de gagnés. Cette façon de parfois dilater le temps, de faire durer les échanges de regards ne correspond pas du tout à l'esthétique du cinéma classique hollywoodien qui est un art de l'ellipse et de la vitesse. De ce fait, de manière tout à fait involontaire, Newfield va se rapprocher de réalisateurs plus modernes. Le début de Six gun trail qui montre des cow boys en train d'attendre un train fait penser, toutes proportions gardées, à la scène d'ouverture d'Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone dans laquelle trois tueurs attendent aussi dans une gare en temps réel.

De même, la manière de présenter certains passages du film comme des éléments autonomes relève certainement de la maladresse mais évoque pour le spectateur actuel l'art de la digression de la Nouvelle Vague. Le film comprend une scène très réussie dans laquelle le cuisinier tente de capturer une oie pour le dîner. C'est un passage gratuit qui a peu à voir avec le reste de l'histoire comme peuvent l'être des chants de marins filmés par Rohmer dans Conte d'été, une blague racontée par un personnage de Godard ou le court-métrage que regarde l'héroïne de Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda.

Cela l'amène parfois à donner des détails inattendus. Après l'attaque de la diligence, Buck doit reconduire les deux passagers à la ville. Mais il doit aussi s'occuper des corps des conducteurs qu'il place dans le véhicule où devra également prendre place le passager. Ce n'est pas vraiment dans l'esprit de Walt Disney mais c'est une belle trouvaille de scénariste.

Soir de fête à Tiny Town ; Le grand schtroumph fait un kameo ; Le cuisinier cherche un terrain d'entente avec l'oieSoir de fête à Tiny Town ; Le grand schtroumph fait un kameo ; Le cuisinier cherche un terrain d'entente avec l'oieSoir de fête à Tiny Town ; Le grand schtroumph fait un kameo ; Le cuisinier cherche un terrain d'entente avec l'oie

Soir de fête à Tiny Town ; Le grand schtroumph fait un kameo ; Le cuisinier cherche un terrain d'entente avec l'oie

Hitler et un pingouin en guest stars

Un autre plaisir des films de Newfield est de guetter les mille petites ruses à partir desquelles il va tourner des scènes. Nous avons évoqué un accéléré tout à l'heure. Dans la scène dans laquelle le cuisinier essaie de se saisir de l'oie, on le voit avancer vers elle une gamelle pleine de grain dans la main gauche, une hache dans la main droite cachée dans le dos. Sur le plan suivant, on voit l'oie partir dans la direction opposée à reculon. Le plan, bien entendu, est passé en marche arrière et fait que la scène fonctionne.

La ruse à laquelle Newfield aura le plus recours est la réutilisation de plans souvent "empruntés" à d'autres films. Hitler apparaît en personne dans Beasts of Berlin, grâce à des bandes d'actualité... Dans The Terror of Tiny Town, lorsque Tex entre chez le barbier et qu'il voit la chorale, il fixe soudain un endroit hors champ l'air intrigué : il vient de voir un pingouin. La scène de chant continue comme si de rien n'était après un dernier échange de regard entre le pingouin et Tex. On ne verra jamais ce pingouin à l'écran avec les autres personnages et on peut penser que Newfield n'a pas lui-même tourné ce plan. Il s'agit certainement d'un plan tiré d'un film quelconque qui donne à la scène un côté irréel. D'autres fois, il réutilise certains plans du film qu'il place à deux endroits différents. On retrouve dans le film plusieurs fois le même plan de Bat en plein galop à des moments et à des endroits supposés différentes.

Enfin, si certains gags sont très attendus ou ne fonctionnent pas, Newfield en réussit tout de même un certain nombre et tire parti de ses acteurs. Dans The Terror of Tiny Town, lorsque le méchant paie une tournée, tout le monde se rue vers le bar et monte sur l'estrade qui l'entoure. Seul un malheureux n'a pas été assez rapide et cherche en vain à grimper et se fait repousser par les autres au cours d'un plan très efficace. Dans le même saloon, le barman dans un des plans les plus réussis du film boit une gigantesque pinte de bière pour un des plus beaux cul-secs de l'histoire du cinéma.

On voit de ces choses quand on va chez le barbier ; Un hommage à Lucky Luke.On voit de ces choses quand on va chez le barbier ; Un hommage à Lucky Luke.On voit de ces choses quand on va chez le barbier ; Un hommage à Lucky Luke.

On voit de ces choses quand on va chez le barbier ; Un hommage à Lucky Luke.

Sept petits oscars et Clint Eastwood

En décembre 1938, après une année triomphale, Blanche Neige est récompensé au Oscars par une grande statuette accompagnée de sept petites. C'est le début de l'empire de Walt Disney. The Terror of Tiny Town est déj tombé aux oubliettes après avoir fait un four. Il ne se redécouvert que pour figurer sur les classements des pires films de l'histoire du cinéma et occultera les 250 autres films réalisés par Sam Newfield.

Le seul gagnant de cette aventure sera Billy Curtis, l'acteur qui jouait le rôle Buck. A la suite de ce tournage, il jouera dans plus d'une centaine de films ou téléfilms. Dès l'année suivante, il apparaîtra dans Le Magicien d'Oz. On le reverra 35 ans plus tard dans un western bien plus réussi aux côtés de Clint Eastwood dans L'Homme des hautes plaines.

Un cul-sec de légende à animer soi-même.
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The Terror of Tiny Town, réalisé en 1938 par Sam Newfield. Durée : 1 heure 02 minutes.

Liens :

Lecture :

  • Sur la question des nains au cinéma, le dossier du N°4 de la revue So Film (Octobre 2012)

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